
Mise en demeure facture impayée : modèle et explications
Sommaire
Une mise en demeure pour facture impayée se rédige avec un modèle précis incluant 9 mentions obligatoires, se vérifie avant envoi selon 3 conditions légales et s’expédie par LRAR, huissier ou avocat selon votre budget et l’impact souhaité.
Cette procédure de recouvrement amiable reste votre dernier recours avant la case tribunal, mais encore faut-il savoir s’y prendre pour éviter les erreurs qui annulent tout votre travail.
Entre le modèle juridiquement béton, le timing optimal, les pièges à éviter et la gestion des réactions de votre débiteur, vous allez découvrir comment transformer cette corvée administrative en arme redoutable pour récupérer vos créances.
Points clés à retenir
- Modèle obligatoire : 9 mentions légales incontournables selon l’Article 1344 du Code civil, délai adapté au contexte (8-15 jours), calcul précis des pénalités de retard
- Vérifications préalables : créance certaine (preuves solides), liquide (montant exact) et exigible (délai de paiement dépassé) – conditions indispensables
- Modes d’envoi selon budget : LRAR (5€) pour 70% des cas, huissier (15-31€) pour l’impact renforcé, avocat (150-400€) pour les gros montants
- Gestion des réactions : paiement intégral à vérifier, contestations à analyser froidement, silence radio = déclenchement injonction de payer
- Timing décisif : envoi au siège social obligatoire, délai de prescription 5 ans, préparation du dossier contentieux dès l’envoi
- Calcul des pénalités : taux légal 2024 environ 10,80% + indemnité forfaitaire 40€ + frais de recouvrement justifiés
Modèle de lettre de mise en demeure pour facture impayée
Modèle avec mentions légales obligatoires
Alors là, attention aux détails.
Une mise en demeure mal rédigée, c’est comme un soufflé raté : impossible de rattraper le coup. L’Article 1344 du Code civil vous impose des mentions précises. Oubliez-en une seule, et votre courrier devient aussi efficace qu’un parapluie en carton.
Votre lettre de mise en demeure doit absolument contenir ces éléments pour avoir une valeur juridique :
- Vos coordonnées complètes en tant que créancier
- Les coordonnées exactes du débiteur
- La mention « MISE EN DEMEURE » bien visible dans l’objet
- La date de rédaction du courrier
- Le détail précis de votre créance impayée (numéro facture, montant, date d’échéance)
- Le rappel des relances précédentes
- Le délai accordé pour régulariser (8 à 15 jours selon le contexte)
- Les conséquences en cas de non-paiement
- Votre signature manuscrite
Ces mentions ne sortent pas du chapeau. Elles protègent vos droits devant le tribunal de commerce. Une sommation de payer bâclée vous fait perdre des mois dans vos démarches de recouvrement de factures impayées.
Exemple concret pré-rempli et personnalisable
Vous voulez du concret ?
Voici un modèle prêt à utiliser que vous pouvez adapter selon votre situation :
[Votre raison sociale]
[Votre adresse complète]
[Code postal – Ville]
Tél : [Votre numéro]
Email : [Votre email]
[Raison sociale du débiteur]
[Adresse du débiteur]
[Code postal – Ville]
[Ville], le [Date du jour]
Objet : MISE EN DEMEURE DE PAYER – Facture n°[numéro]
Lettre recommandée avec accusé de réception
Madame, Monsieur,
Malgré nos relances du [date première relance] et du [date seconde relance], nous constatons que votre facture n°[numéro] d’un montant de [montant TTC] euros, émise le [date facturation] et arrivée à échéance le [date échéance], demeure impayée à ce jour.
Cette situation nous contraint à vous adresser cette mise en demeure de payer, conformément à l’Article 1344 du Code civil.
En application de l’Article L441-6 du Code de commerce, des pénalités de retard au taux de [taux applicable]% s’appliquent depuis la date d’échéance, soit [montant pénalités] euros à ce jour. S’ajoute également l’indemnité forfaitaire de 40 euros pour frais de recouvrement.
Le montant total dû s’élève donc à [montant total] euros.
Nous vous accordons un délai de [nombre] jours à compter de la réception de cette lettre, soit jusqu’au [date limite], pour procéder au règlement intégral de cette somme.
Passé ce délai, nous serons contraints d’engager une procédure judiciaire à votre encontre, sans autre avertissement.
Nous vous prions d’agréer, Madame, Monsieur, nos salutations distinguées.
[Nom et signature] [Fonction]Personnaliser délais et formules selon le contexte
Le délai que vous accordez, ce n’est pas du hasard. Pour une facture impayée de 500 euros avec un client habituel qui traverse une mauvaise passe ? 15 jours, ça passe. Pour une créance de 15 000 euros avec un mauvais payeur notoire ? 8 jours suffisent largement.
La loi n’impose pas de délai minimum, mais votre tribunal appréciera le caractère « raisonnable ». Moins de 7 jours, vous risquez de passer pour un créancier trop agressif. Plus de 30 jours, vous donnez l’impression de ne pas être pressé.
Adaptez aussi votre ton selon la relation commerciale. Avec un partenaire stratégique, privilégiez : « Cette situation exceptionnelle nous amène à formaliser notre demande ». Avec un client récalcitrant : « Nous vous mettons en demeure de procéder au règlement ».
Vous voyez le truc ?
Les pénalités de retard méritent une attention particulière. Depuis 2023, le taux correspond à trois fois le taux d’intérêt légal, soit environ 10,80% pour les créances commerciales. Un calcul précis évite les contestations et montre votre professionnalisme.
Maintenant que votre lettre est parfaitement rédigée, encore faut-il vérifier que vous avez bien le droit de l’envoyer.
Vérifier les conditions avant d’envoyer
Créance certaine : preuves de la prestation réalisée
Première règle du recouvrement : votre créance doit être certaine. Autrement dit, son existence ne peut pas être contestée.
Vous avez livré ? Montrez le bon de livraison signé.
Vous avez facturé un service ? Sortez le contrat et les éléments prouvant la réalisation.
Sans preuves solides, votre mise en demeure ressemble à du bluff. Le débiteur le sent et vous risquez de recevoir une belle contestation qui vous fera perdre du temps.
Pire : devant le tribunal, le juge écartera votre demande d’un revers de manche.
Constituez un dossier béton avant d’agir. Commande signée, facture émise selon les règles, preuve de livraison ou d’exécution, échanges commerciaux confirmant l’accord… Cette documentation vous servira jusqu’au bout de la procédure. Les solutions de recouvrement professionnelles excellent justement dans cette centralisation des preuves.
Créance liquide : montant exact et déterminé
Deuxième condition : votre créance doit être liquide. Le montant exact est connu, calculé, indiscutable. Pas question d’envoyer une mise en demeure pour « environ 8 000 euros » ou « selon devis à établir ».
Cette exigence protège tout le monde. Le débiteur sait précisément ce qu’il doit. Vous évitez les surprises lors du recouvrement judiciaire. Le juge peut statuer rapidement sans expertise complémentaire.
Attention aux créances partielles ou évolutives. Si votre client vous doit plusieurs factures, détaillez chaque élément. Si des pénalités s’ajoutent quotidiennement, calculez-les à la date d’envoi de la lettre et mentionnez leur évolution. La précision renforce votre crédibilité et décourage les manœuvres dilatoires.
Créance exigible : délai de paiement dépassé
Troisième et dernière condition : l’exigibilité. Le délai de paiement accordé sur votre facture est bel et bien dépassé. Ça paraît évident, mais vous seriez surpris du nombre d’entreprises qui se précipitent.
Les délais légaux varient selon votre secteur et vos conditions commerciales. Entre professionnels, c’est 30 jours maximum sauf accord spécifique ou secteur réglementé (60 jours pour l’agroalimentaire par exemple). Avec un particulier, le paiement est exigible immédiatement sauf mention contraire.
Vérifiez aussi vos conditions générales de vente. Une clause « paiement à 45 jours fin de mois » change tout. Le débiteur peut légitimement contester une mise en demeure prématurée. Vous perdez en crédibilité et retardez votre recouvrement.
Une fois ces vérifications bouclées, vous devez choisir comment faire parvenir votre courrier. Le mode d’envoi influence directement l’efficacité de votre démarche.
Choisir le mode d’envoi selon votre budget
LRAR : procédure et coût minimum (5€)
La lettre recommandée avec accusé de réception reste le grand classique. Simple, économique, efficace dans 70% des cas. Comptez environ 5,20 euros pour un pli standard. Votre facteur fait le travail, vous gardez la preuve de réception.
L’avantage ? Vous contrôlez tout. Rédaction, envoi, suivi du courrier depuis votre ordinateur. Aucun intermédiaire, aucun délai supplémentaire. La LRAR fonctionne particulièrement bien avec les clients de bonne foi qui ont simplement oublié ou traversent une difficulté passagère.
Petit détail technique : envoyez toujours au siège social de l’entreprise, pas à l’adresse de livraison ou au domicile du dirigeant. En cas de procédure judiciaire ultérieure, seul l’envoi au siège sera retenu par le tribunal. Vous pouvez doubler avec un envoi à votre interlocuteur habituel par email, mais la valeur juridique reste attachée au siège.
La LRAR montre aussi votre intention d’agir sans pour autant braquer votre client. Elle préserve souvent la relation commerciale future, contrairement aux méthodes plus lourdes.
Huissier : impact renforcé et tarifs réglementés
Le commissaire de justice (ex-huissier) monte d’un cran dans la pression psychologique. Sa sommation de payer frappe plus fort qu’une simple lettre. Le débiteur comprend immédiatement que vous ne plaisantez pas.
Les tarifs sont réglementés depuis 2021. Pour une créance jusqu’à 188 euros : 15,47 euros. Entre 188 et 763 euros : 20,63 euros. Entre 763 et 1 525 euros : 27,92 euros. Au-delà : 30,95 euros. Ces montants s’entendent hors TVA et frais de déplacement éventuels.
L’huissier présente plusieurs avantages. Il connaît parfaitement les procédures, rédige des actes juridiquement parfaits, peut constater des éléments sur place. Son intervention prépare souvent une éventuelle injonction de payer dans de meilleures conditions.
Réservez cette option pour les créances importantes (au moins 1 000 euros) ou les débiteurs récidivistes. L’effet dissuasif justifie largement le surcoût. Beaucoup d’entreprises règlent dans la foulée pour éviter l’escalade judiciaire.
Avocat : quand l’enjeu financier le justifie
L’avocat entre en scène pour les gros montants ou les dossiers complexes. Sa lettre porte le poids de la profession juridique. Elle annonce clairement votre détermination à aller jusqu’au bout.
Les honoraires varient énormément selon la région et la réputation du cabinet. Comptez entre 150 et 400 euros pour une mise en demeure standard. L’investissement se justifie à partir de 5 000 euros de créance, ou dès que des questions juridiques épineuses se posent.
L’avocat excelle dans les situations délicates : contestation prévisible du débiteur, clauses contractuelles ambiguës, entreprise en difficulté avec de multiples créanciers. Il sécurise votre démarche et prépare efficacement la suite contentieuse.
Son courrier peut aussi débloquer des négociations. Certains dirigeants qui ignorent superbement vos relances réagissent immédiatement face à un cabinet d’avocats. La psychologie du recouvrement, ça compte énormément.
Quelle que soit la méthode choisie, votre lettre est partie. Maintenant, comment gérer ce qui va suivre ?
Gérer les suites après envoi
Paiement dans les délais : clôturer le dossier
Première réaction possible : votre client paie dans les délais. Jackpot ! Mais attention aux détails. Vérifiez que le virement correspond exactement au montant réclamé, pénalités de retard et indemnité forfaitaire incluses.
Un paiement partiel ne clôt pas automatiquement votre mise en demeure. Si votre client règle seulement la facture initiale en « oubliant » les 40 euros d’indemnité, relancez immédiatement. Ces sommes font partie intégrante de votre créance légale.
Une fois le paiement intégral encaissé, confirmez par écrit la régularisation du dossier. Un simple email suffit : « Nous accusons réception de votre règlement de [montant] euros. Ce paiement solde définitivement notre créance. » Cette confirmation évite les malentendus ultérieurs.
Profitez de l’occasion pour remettre les compteurs à zéro. Si ce client représente un enjeu commercial, une approche de relance préventive évitera de futurs incidents. Certaines entreprises mettent en place un suivi renforcé après un premier impayé.
Contestation du débiteur : maintenir ou négocier
Deuxième scénario : votre débiteur conteste. Il invoque un défaut de livraison, une facture erronée, un litige commercial, des conditions de paiement non respectées… Là, ça se complique.
Analysez froidement sa contestation. Si elle paraît fondée, mieux vaut négocier rapidement qu’entamer une bataille judiciaire incertaine. Un arrangement amiable préserve la relation et évite les frais de procédure. Proposez un échéancier, un rabais commercial, une compensation…
Si la contestation semble fantaisiste ou dilatoire, maintenez fermement votre position. Répondez par écrit en réfutant point par point ses arguments. Rappelez les éléments factuels : commande, livraison, facture conforme… Cette correspondance servira devant le juge.
Attention aux débiteurs créatifs qui inventent soudainement des malfaçons ou des retards jamais signalés. Leur silence pendant des mois puis leurs réclamations miraculeuses au moment de payer trahissent souvent la mauvaise foi. Le tribunal apprécie peu ces manœuvres tardives.
Absence de réponse : déclencher l’injonction de payer
Troisième cas de figure : le silence radio. Votre délai de mise en demeure expire, aucune nouvelle, aucun règlement. C’est le moment de passer à la vitesse supérieure avec l’injonction de payer.
Cette procédure judiciaire simplifiée vous permet d’obtenir rapidement un titre exécutoire. Le juge examine votre dossier sur pièces, sans audience contradictoire. Si votre créance paraît fondée, il délivre l’ordonnance d’injonction dans un délai de 1 à 3 mois selon les tribunaux.
Votre mise en demeure constitue une pièce essentielle du dossier. Elle prouve votre tentative de recouvrement amiable, condition exigée par l’Article 1344 du Code de procédure civile. Sans cette étape préalable, le juge peut rejeter votre requête.
Les outils de gestion des contentieux facilitent grandement cette transition vers le judiciaire. Ils centralisent vos pièces, calculent automatiquement les intérêts de retard, préparent les dossiers selon les exigences des greffes.
Une fois l’ordonnance obtenue et signifiée, votre débiteur dispose de 1 mois pour former opposition. Passé ce délai, le titre devient définitif et vous pouvez confier l’exécution forcée à un commissaire de justice. Saisies, blocages de comptes, tout devient possible.
Votre plan d’action en 4 étapes
Vous avez maintenant toutes les clés pour transformer votre mise en demeure en véritable outil de recouvrement.
Cette procédure n’a rien de magique, mais elle fonctionne quand on respecte les règles du jeu.
Un modèle juridiquement parfait, des vérifications préalables rigoureuses, un mode d’envoi adapté à votre situation et une gestion professionnelle des suites : voilà la recette qui fait mouche dans 80% des cas.
| Étape | Actions clés | Coût/Délai |
| 1. Rédaction | 9 mentions obligatoires + calcul pénalités + délai contextualisé | Gratuit / 30 min |
| 2. Vérifications | Créance certaine + liquide + exigible + dossier preuve | Gratuit / 15 min |
| 3. Envoi | LRAR / Huissier / Avocat selon montant et impact souhaité | 5€ à 400€ |
| 4. Suivi | Paiement / Négociation / Injonction de payer si silence | Variables |
La prochaine fois qu’un client tarde à vous payer, vous saurez exactement quoi faire.
Une mise en demeure bien menée évite souvent des mois de procédure judiciaire.
Et si elle ne suffit pas ? Au moins, votre dossier sera blindé pour la suite du combat.




